Féminisme & égalité
94 femmes tuées par leur partenaire en 2023. Une tous les 4 jours. Et les plaintes ? 74% classées sans suite.
La France comptabilise 94 féminicides en 2023. Une femme tuée par son partenaire ou ex-partenaire tous les quatre jours. Ce chiffre, déjà insupportable, ne reflète qu'une partie de la réalité : on estime à 213 000 le nombre de femmes victimes de violences conjugales chaque année en France. Parmi elles, seulement 14% portent plainte. Et parmi celles qui le font, 74% des plaintes pour violences conjugales sont classées sans suite. Le mécanisme est documenté : les victimes signalent, le système classe. L'inégalité salariale, elle, est légalement interdite depuis 1972. Pourtant l'écart global reste de 16,8% en 2022. Parce que la loi interdit l'inégalité à poste identique, mais les femmes occupent structurellement des postes moins valorisés, travaillent plus souvent à temps partiel imposé, interrompent leur carrière pour la maternité. La loi ne suffit pas quand le problème est systémique.
Certes, 94 en 2023 contre 146 en 2019. Mais chaque chiffre est une femme tuée. Et la baisse est partielle : les violences conjugales graves, elles, progressent. La réduction du nombre de féminicides ne signifie pas que les structures qui les produisent ont changé. Un système où 74% des plaintes sont classées sans suite ne s'améliore pas, il s'adapte.
14% le font. Pourquoi si peu ? Peur des représailles, manque de crédibilité auprès des forces de l'ordre, procédures longues sans protection immédiate, dépendance économique à l'agresseur. Et quand elles portent plainte : 74% des dossiers sont classés sans suite. Dire aux femmes de porter plainte sans s'interroger sur ce qui arrive après cette plainte, c'est proposer une solution qui n'en est pas une.
La loi interdit l'inégalité à poste strictement identique. Mais les femmes sont concentrées dans les métiers les moins valorisés (aide à domicile, caisse, enseignement, soin), travaillent plus souvent à temps partiel imposé, et interrompent leur carrière pour la maternité. Résultat : un écart global de 16,8% qui n'est pas illégal parce qu'il est structurel. La loi protège contre la discrimination directe, pas contre l'architecture inégalitaire du marché du travail.
94 femmes tuées par leur partenaire en 2023. 213 000 victimes de violences conjugales par an. 74% des plaintes classées sans suite. 16,8% d'écart salarial. Ce ne sont pas des constructions militantes : ce sont des données officielles du Ministère de l'Intérieur et de l'INSEE. On est d'accord que le XIXe siècle c'était pire. Ce n'est pas la barre à atteindre.
Faux. Réduire le problème à l'écart "à poste égal" (environ 3,6 %) masque le vrai problème : la ségrégation sexuelle des métiers. Les femmes sont structurellement bloquées dans les professions les moins valorisées financièrement (soins, éducation) et exclues des postes de direction. L'inégalité n'est pas seulement sur la fiche de paie à poste identique, elle est dans le plafond de verre qui empêche d'y accéder.
Les chiffres refusent cette équivalence : 85 % des victimes de violences conjugales et sexuelles sont des femmes, et 86 % des agresseurs sont des hommes. Quant à la garde des enfants, dans 80 % des divorces, elle est attribuée à la mère d'un commun accord entre les deux parents, sans que le juge n'ait à trancher un conflit. Le prétendu "système anti-hommes" est un mythe rhétorique.
"On ne naît pas femme : on le devient."— Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, 1949