Chasse
1,1 million de chasseurs en France. 95 espèces chassables. Une faune et des promeneurs qui paient le prix.
La chasse en France touche tout le monde, pas seulement les chasseurs. Un promeneur, un randonneur, un cycliste dans les zones rurales en automne sait ce que c'est que de croiser une battue. 76 accidents recensés en 2022-2023, 8 morts. Ces accidents touchent souvent des non-chasseurs. La France compte 95 espèces chassables, bien plus que ses voisins européens. Elle a été condamnée par la Cour de Justice de l'Union Européenne en 2021 pour la chasse à la glu, technique consistant à enduire les branches d'une glu pour capturer des oiseaux vivants, jugée contraire à la directive européenne sur la protection des oiseaux sauvages. 86% des Français sont pour l'interdiction de la chasse le dimanche. Cette majorité massive ne s'est jamais traduite en politique parce que les chasseurs représentent un électorat organisé, très présent dans les conseils municipaux ruraux, et que la Fédération Nationale des Chasseurs entretient des liens étroits avec les partis de droite et du centre.
C'est l'argument officiel de la FNC. La réalité : les chasseurs régulent certaines espèces, mais ils ont aussi fortement contribué à l'extinction d'espèces (l'ours des Pyrénées, le loup pendant des décennies) et s'opposent systématiquement à leur retour. La France compte 95 espèces chassables. L'Allemagne, réputée pour sa gestion forestière, en compte 25. Le 'gestionnaire de la nature' qui veut chasser 95 espèces différentes gère surtout son propre loisir.
La tradition n'est pas un argument moral. La corrida est aussi une tradition. Ce qui compte, c'est l'impact : 76 accidents par saison, des espèces surexploitées, des pratiques condamnées par l'Union Européenne. Et 86% des Français, y compris beaucoup de ruraux, veulent l'interdiction de la chasse le dimanche. Ce n'est pas une guerre ville-campagne : c'est une majorité claire que le système politique ignore parce que les chasseurs sont très bien organisés politiquement.
Les pays européens avec des régulations bien plus strictes ne connaissent pas d'explosion incontrôlable des populations animales. La régulation peut être confiée à des agents professionnels de l'OFB plutôt qu'à un loisir privé. Et pour les espèces qui nécessitent effectivement une régulation (sanglier, cerf en surpopulation), des protocoles professionnels existent et fonctionnent dans d'autres pays, comme par exemple la gestion des sangliers en Suède, en République tchèque ou en Belgique
C'est l'inverse : la loi française (loi Verdeille) oblige les petits propriétaires (moins de 20 hectares) à laisser les chasseurs de l'ACCA locale entrer chez eux, même s'ils y sont opposés. Pour l'interdire, il faut mener une procédure administrative complexe de "retrait par conviction personnelle". Le droit de chasse prime ici illégitimement sur la propriété privée.
Faux. Les études sociologiques de l'OFB montrent que les cadres, chefs d'entreprise et professions libérales y sont désormais surreprésentés par rapport à la population générale, tandis que la part des ouvriers et agriculteurs s'effondre. Le coût des armes, des permis et des baux de chasse en fait un loisir de plus en plus exclusif.
"On reconnaît le degré de civilisation d'un peuple à la façon dont il traite ses animaux."— attribué à Gandhi, reprise par les associations de protection animale