Agriculture & alimentation
3 agriculteurs se suicident chaque semaine. La ferme France est à genoux. Pas par hasard.
L'agriculture française est en crise existentielle. 150 000 exploitations ont disparu en 20 ans. Un agriculteur sur deux gagne moins que le SMIC une fois les charges déduites. Le taux de suicide chez les agriculteurs est deux fois supérieur à la moyenne nationale. Cette crise n'est pas une fatalité : c'est le résultat de décennies de politique agricole construite autour des intérêts de l'agro-industrie, de la grande distribution et des exportateurs, au détriment des paysans et des consommateurs. Les 4 grandes enseignes (Leclerc, Carrefour, Intermarché, Auchan) contrôlent 70% de la distribution alimentaire et imposent des prix d'achat en dessous des coûts de production. La PAC verse 80% de ses aides aux 20% des plus grandes exploitations. Et pendant ce temps, la France reste l'un des premiers consommateurs européens de pesticides.
Le bio est plus cher en rayon parce que les externalités de l'agriculture conventionnelle sont payées ailleurs : maladies liées aux pesticides (cancers chez les agriculteurs, nitrates dans l'eau), traitement des eaux polluées, perte de biodiversité. Une étude de l'INRAE chiffre ces externalités négatives à 60 milliards d'euros par an pour l'agriculture française. Le prix réel de l'alimentation conventionnelle est bien plus élevé que celui affiché en caisse.
Libre de choisir, mais contraint par le marché. Un agriculteur qui veut passer au bio doit investir massivement, traverser 3 ans de transition sans label, et affronter des distributeurs qui lui imposent leurs prix. La liberté théorique se heurte à une dépendance structurelle aux semenciers (Bayer-Monsanto contrôle 25% du marché mondial des semences), aux banques et aux grandes surfaces. Les agriculteurs sont pris en étau.
La PAC distribue 9 milliards d'euros par an à l'agriculture française. 80% vont aux 20% des plus grandes exploitations. Un agriculteur qui cultive 1 000 hectares de céréales en Beauce touche des centaines de milliers d'euros d'aides. Un maraîcher bio de 5 hectares qui nourrit son territoire touche quelques milliers. La PAC dans sa forme actuelle subventionne les grandes exploitations extensives, pas les paysans.
La planète produit déjà suffisamment pour nourrir 10 milliards de personnes. Le problème alimentaire mondial est un problème de distribution et de gaspillage, pas de production. En France, 10 millions de tonnes d'aliments sont gaspillés chaque année. Produire plus intensivement avec plus de pesticides et moins de paysans ne résoudra pas la faim dans le monde : elle enrichira les actionnaires de l'agro-industrie.
"L'avenir de l'alimentation est dans les mains de ceux qui mangent autant que de ceux qui cultivent."— Wendell Berry, poète et agriculteur américain