Énergie
Le nucléaire fait 70% de notre électricité. Mais l'électricité ne fait que 25% de notre énergie. Le reste brûle encore du pétrole et du gaz.
Le débat énergétique en France est mal posé. On parle de nucléaire versus renouvelables, alors que la vraie question est : comment sortir des énergies fossiles qui représentent 75% de notre consommation d'énergie finale ? L'électricité décarbonée (nucléaire + renouvelables) ne couvre que 25% de l'énergie consommée. Le reste vient du pétrole (voitures, camions, avions), du gaz (chauffage, industrie) et du charbon. La France dépense 8 milliards d'euros par an en subventions aux énergies fossiles. Et pendant ce temps, les projets d'énergie renouvelable attendent en moyenne 7 ans pour être raccordés au réseau, faute d'investissements dans les infrastructures. Le nucléaire est utile pour l'électricité bas-carbone, mais construire de nouveaux réacteurs prend 15 à 20 ans et coûte beaucoup plus que les projections initiales (Flamanville : 20 milliards pour un réacteur prévu à 3,3 milliards).
Le nucléaire produit de l'électricité bas-carbone, c'est un avantage réel. Mais l'électricité ne représente que 25% de l'énergie finale consommée en France. Le nucléaire ne chauffe pas nos maisons (le gaz le fait), ne fait pas rouler nos camions (le diesel le fait), ne produit pas notre acier ou notre ciment. La décarbonation totale nécessite bien plus que de l'électricité nucléaire : elle nécessite l'électrification massive du chauffage, du transport, de l'industrie.
L'intermittence est réelle mais gérable : le stockage par batteries progresse rapidement, les interconnexions européennes permettent d'importer quand le vent ne souffle pas, et la flexibilité de la demande (moduler la consommation) est largement sous-exploitée. L'Allemagne, l'Espagne et le Danemark montrent qu'on peut atteindre 50 à 80% de renouvelables dans le mix électrique sans coupures. Et un parc nucléaire vieillissant tombe aussi en panne : en 2022, 56% des réacteurs français étaient à l'arrêt simultanément pour maintenance. Les bilans prévisionnels de RTE démontrent techniquement que la France peut intégrer un mix à très forte part de renouvelables d'ici 2050 en toute sécurité, grâce au pilotage de la demande et au stockage. Le réseau électrique européen interconnecté garantit déjà cette stabilité.
Construire des EPR prend 15 à 20 ans minimum. Flamanville a pris 17 ans et coûté 20 milliards au lieu de 3,3 selon la Cour des comptes. Les 6 nouveaux EPR annoncés par Macron ne produiront pas un électron avant 2040 au mieux. Pour l'indépendance immédiate, les renouvelables sont déployables en 2 à 5 ans, avec de l'uranium importé à 100% de pays parfois instables ou sous influence (Niger, Kazakhstan, Ouzbékistan). Le nucléaire ne garantit pas la souveraineté sur la ressource primaire.
Les sondages montrent que 70 à 80% des Français soutiennent le développement des énergies renouvelables, y compris l'éolien, quand on leur pose la question directement. L'opposition locale est réelle et doit être entendue, mais elle ne représente pas l'opinion majoritaire. Et un paysage avec des éoliennes est réversible. Un paysage sous 2 mètres d'eau à cause de la montée des eaux, non.
L'Europe met en place des clauses de souveraineté industrielle pour relocaliser les usines de panneaux et de pales. De plus, une dépendance aux composants (panneaux solaires) n'est pas une dépendance au flux (gaz, pétrole, uranium). Si la Chine bloque les livraisons, les panneaux déjà installés continuent de produire gratuitement pendant 30 ans. On ne coupe pas le soleil à distance.
"La meilleure énergie est celle qu'on ne consomme pas."— Dicton de l'efficacité énergétique, popularisé par l'ADEME