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Justice & prisons

72 000 détenus pour 60 000 places. 60% de récidive. On paie plus cher pour enfermer que pour réinsérer, et ça marche moins bien.

72 000
détenus en France pour 60 000 places officielles, taux de surpopulation record (DAP 2024)
60%
taux de récidive à 5 ans après une sortie de prison sans aménagement (Ministère de la Justice)
36 000 €
coût annuel d'un détenu en France, soit 3 fois le SMIC brut annuel
1,2%
du PIB consacré à la justice, parmi les plus faibles d'Europe. L'Allemagne : 2,1%
15 mois
délai moyen pour obtenir un jugement correctionnel en France (CEPEJ 2022)
Le contexte

La justice française est sous-financée, surchargée et inefficace dans son objectif premier : protéger la société durablement. 72 000 détenus s'entassent dans des établissements prévus pour 60 000. Les conditions de détention, documentées par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, sont souvent contraires à la dignité humaine. Ce n'est pas un débat philosophique : la surpopulation carcérale est une réalité juridique condamnée par la CEDH. Et le résultat est là : 60% de récidive à 5 ans pour les sorties sèches, contre 30% pour les sorties avec aménagement de peine et accompagnement. La prison sans préparation à la sortie ne protège pas la société, elle y renvoie des personnes plus fragilisées qu'à l'entrée. La France consacre 1,2% de son PIB à la justice, contre 2,1% pour l'Allemagne. Ce n'est pas une question de sévérité : c'est une question d'efficacité.

Objections — cliquez pour voir la réponse
"Il faut des peines plus sévères pour dissuader les criminels."
+

Les études criminologiques montrent que c'est la certitude d'être pris, pas la sévérité de la peine, qui a un effet dissuasif. Les États-Unis ont les peines les plus lourdes du monde occidental et l'un des taux de criminalité les plus élevés. Les pays nordiques ont des peines plus légères, des prisons dignes, un accompagnement à la sortie, et des taux de récidive autour de 20%. L'effet dissuasif de la prison existe à la marge. Le déterminisme social, l'éducation, la pauvreté pèsent bien davantage.

"La prison c'est mérité, c'est la justice qui s'applique."
+

La question n'est pas de nier la responsabilité individuelle. C'est de savoir si la prison dans ses conditions actuelles remplit ses fonctions : punir, certes, mais aussi protéger la société à long terme et permettre une réinsertion. 80% des détenus n'ont pas le bac. 30% souffrent de troubles psychiatriques. Une détention dans une cellule surpeuplée sans suivi médical ni formation professionnelle ne prépare pas à la réinsertion. Elle prépare à la récidive.

"Les aménagements de peine c'est de la faiblesse face aux criminels."
+

Le taux de récidive est de 60% pour les sorties sèches, de 30% pour les sorties avec aménagement. Les chiffres du Ministère de la Justice lui-même. Un aménagement de peine (bracelet électronique, semi-liberté, liberté conditionnelle avec suivi) coûte en moyenne 5 à 10 fois moins qu'une détention et produit de meilleurs résultats en termes de protection de la société. Ce n'est pas de la faiblesse, c'est de l'efficacité.

"Il faut construire plus de prisons."
+

Le nombre de détenus a tendance à remplir les places disponibles. Construire des prisons sans réduire les entrées ne résout pas la surpopulation : ça la déplace. Les alternatives à l'incarcération pour les petits délits (travaux d'intérêt général, bracelets électroniques, amendes jours) sont moins coûteuses, moins criminogènes et produisent des résultats comparables ou supérieurs. Les Pays-Bas ont fermé des prisons faute de détenus après avoir développé ces alternatives.

Ce que propose la gauche
Doublement du budget de la justice : recrutement de magistrats, greffiers, éducateurs
Droit constitutionnel à des conditions de détention dignes, contrôlé par le CGLPL
Développer massivement les alternatives à l'incarcération pour les peines inférieures à 2 ans
Accompagnement systématique à la sortie de prison : logement, emploi, santé mentale
Délai maximal de jugement : 12 mois pour les affaires correctionnelles (vs 15 mois actuellement)
Justice restaurative : permettre la médiation entre victimes et auteurs comme en Belgique et au Danemark
"Toute société a les criminels qu'elle mérite."
Alexandre Lacassagne, médecin et criminologue français, 1885
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