Éducation & inégalités
Au collège : 23% cadres, 23% ouvriers. À l'ENS : 65% cadres, 2% ouvriers.
La promesse républicaine : peu importe d'où tu viens, si tu travailles, tu peux réussir. Sur le papier, c'est beau. Dans les faits : au collège, enfants de cadres et d'ouvriers représentent chacun environ 23% des élèves, tout le monde y est. En terminale générale : 37% de cadres, 15% d'ouvriers. En classes prépa : 54% vs 6%. Dans les ENS : 65% vs 2%. Le ×30 est une réalité documentée. Bourdieu et Passeron l'analysaient dès 1964 dans 'Les Héritiers', 60 ans plus tard, le sociologue Camille Peugny montre que les enfants d'ouvriers ont aujourd'hui moins de chances d'intégrer les grandes écoles qu'il y a quarante ans. La massification scolaire a tout le monde fait entrer dans le système, mais les inégalités de parcours n'ont pas reculé, elles se sont déplacées vers le haut.
Formellement oui. Mais un enfant qui grandit avec des livres, des voyages, des parents diplômés qui aident aux devoirs ne part pas de la même ligne de départ qu'un enfant dont les parents, fatigués après 10 heures de travail physique, ne peuvent pas aider. À 15 ans, 36% des élèves défavorisés n'atteignent pas le niveau minimal en compréhension de l'écrit, contre 11% pour les élèves favorisés (PISA 2022). Ce n'est pas une question d'efforts.
La France a déjà l'un des systèmes les plus sélectifs de l'OCDE avec ses classes prépa, ses concours, ses grandes écoles. Plus de sélection sans plus d'égalisation des conditions de départ, c'est mieux sélectionner les héritiers. La vraie exigence, c'est de donner à chaque enfant les conditions pour réussir, pas d'éliminer les enfants d'ouvriers plus tôt dans leur parcours.
L'éducation prioritaire existe depuis 1981. Elle a été chroniquement sous-financée, et les enseignants les plus expérimentés fuient ces établissements, remplacés par les moins expérimentés. Ce n'est pas le principe qui ne fonctionne pas, c'est sa mise en œuvre depuis 40 ans. Les pays qui réussissent (Finlande, Canada) envoient leurs meilleurs enseignants dans les établissements les plus difficiles, avec des primes significatives. On fait rigoureusement l'inverse.
Parcoursup a ajouté de l'opacité au système. Des algorithmes sélectionnent les élèves selon des critères flous, favorisant ceux dont les familles savent comment 'bien présenter' un dossier, c'est-à-dire les familles aisées et éduquées. La transparence sur les critères reste insuffisante malgré les demandes répétées. L'outil a renforcé les inégalités sociales d'accès à l'enseignement supérieur.
L'éducation prioritaire existe depuis 1981 et a été chroniquement sous-financée. Les enseignants les plus expérimentés fuient ces établissements parce que le système les y incite peu. Ce n'est pas le principe qui échoue, c'est sa mise en oeuvre depuis 40 ans. Les pays qui réussissent (Finlande, Canada) envoient leurs meilleurs enseignants dans les établissements difficiles, avec de vraies primes. La France fait rigoureusement l'inverse.
"L'école transforme les héritages sociaux en dons naturels."— Pierre Bourdieu & Jean-Claude Passeron, Les Héritiers, 1964